Il est des musiques qui s'adressent à l'intellect et d'autres à l'imagination. De celles proposées par Benjamin Moussay dans «Swimming Pool», on dirait volontiers qu'elles entrent dans la seconde catégorie. Non pas qu'il leur manque quoique ce soit pour interroger l'intelligence de celui qui les écoute mais le pianiste a l'art de mettre en scène ses mélodies, de captiver par sa faculté à évoquer des ambiances, à construire chacun de ses morceaux comme une scène de cinéma, à projeter des climats qui déclenchent la rêverie et provoquent l'imaginaire. En cela, l'univers musical de Benjamin Moussay n'appartient qu'à lui et cette «piscine» dans laquelle il incite à plonger, semble remplie de l'eau dont sont faits aussi bien les océans que les geysers, la pluie que les larmes. C'est aussi de cela dont nous parlent les titres qu'il a posés sur ses tableaux de musique : des mots qui invitent à voir autant qu'à entendre, à regarder autant qu'à écouter les yeux fermés. Des chansons sans parole, en sorte, suggestives, provocantes, riches de leur fantaisie, ouvrant la porte aux chimères. Chez Benjamin Moussay, le pianiste est ainsi indissociable du compositeur, l'un parachevant dans l'interprétation ce que l'inspiration de l'autre a engendré, ajoutant parfois des effets électroniques qui complètent sa vision. Et même quand il reprend une pièce de Debussy ou un air de Serge Gainsbourg, c'est avec ce même sens du récit et de la mise en images de la musique qu'il le fait. Et le jazz dans tout ça ? Outre un ensemble de références qui nourrissent le jeu de Moussay, il est cette pulsation qui donne leur vie à ces compositions à nulle autre pareilles, il ouvre les morceaux sur le jeu de l'improvisation - ce point où se superposent l'écrit et l'impromptu - et c'est de lui encore que proviennent certaines couleurs harmoniques sur lesquels s'échafaudent ses pièces. Le jazz, il est bien sûr à l'origine du désir de construire un univers à trois, en entrelaçant les sonorités des instruments de chacun. En la matière, Benjamin Moussay a trouvé les bons partenaires, qu'il s'agisse de la contrebasse sombre et boisée d'Arnault Cuisinier ou de la batterie d'Eric Echampard dont les irisations métalliques, les bruissements de peaux et les percussions énigmatiques contribuent admirablement à faire surgir un monde de musique. Avec ses élans impétueux, ses miracles mélodiques, ses mouvements atmosphériques, «Swimming Pool» compte au rang de ces disques dont on aime revoir les images et réentendre les histoires tant leur sont associées de souvenirs et d'émotions.
Vincent Bessières : Journaliste à Jazzman
Benjamin Moussay : piano
Eric Echampard : batterie
Arnault Cuisinier : contrebasse
Album : Swimming Pool
1. Lost valley
2. Butterfly top
3. Early morning waltz
4. Green peas
5. Il pleure dans mon c½ur
6. Not as hard (as it seems to be)
7. Manon
8. Les ingénus
9. Playa del Carmen Mexico
10. Célestin
11. The last ride
12. Swimming pool
à decouvrir
Photos : Google
Montage : me